
Conférence Antifouling avec le Nauti Campus Occitanie
Non classé - 15.04.26
L’Antifouling de Demain : Entre Nécessité Technique et Transition Écoresponsable


Le Nauti Campus Occitanie a invité, Raphaël LAMI, du Laboratoire de Biodiversité et Biotechnologies Microbiennes (CNRS/Sorbonne Université), et Maxime DELBURY, représentant de la société Nautix, à croiser leurs regards sur un enjeu majeur du monde maritime : la lutte contre le biofouling. Entre pressions réglementaires et innovations biomimétiques, retour sur une conférence au cœur de la transition environnementale du nautisme.
Le phénomène est aussi vieux que la navigation elle-même. Dès que l’homme a mis un navire à l’eau, il a dû faire face à la colonisation biologique des coques. Ce processus, qui commence par un biofilm invisible avant d’aboutir à l’accumulation massive de macro-organismes, peut atteindre jusqu’à 150 kg par mètre carré.

Maitriser le biofouling, un impératif économique et écologique
Si l’on cherche à protéger les coques, ce n’est pas seulement pour l’esthétique. Une coque colonisée par le biofouling augmente considérablement la traînée de frottement. Pour le navigateur, cela se traduit par une perte de vitesse et de manœuvrabilité, mais surtout par une surconsommation de carburant. Comme le rappelle Maxime DELBURY, une « salissure moyenne » peut augmenter la traînée hydrodynamique de plus de 52 %.



Au-delà de l’aspect financier, l’enjeu est environnemental. Le biofouling est l’un des principaux vecteurs de dissémination d’espèces invasives. Une étude a révélé que 71 % des bateaux de plaisance transportent au moins une espèce non native, menaçant ainsi la biodiversité locale.


L’héritage toxique et le cadre réglementaire
L’histoire de l’antifouling est marquée par le « traumatisme » du Tributylétain (TBT). Utilisé massivement dans les années 70 pour son efficacité redoutable, ce biocide s’est avéré être un puissant perturbateur endocrinien, causant des malformations irréversibles chez les mollusques (imposex). Interdit totalement en 2001, il a laissé place à une réglementation européenne stricte : le Règlement Produits Biocides (RPB).

Aujourd’hui, 95 % des peintures antisalissures reposent sur des dérivés de cuivre. Si ces substances sont autorisées, elles font l’objet d’une évaluation rigoureuse par l’ANSES. « Le risque est essentiellement lié à des surdoses locales, notamment dans les marinas fermées sans marée, » précise Maxime DELBURY. L’Europe considère désormais les ports non plus comme des zones industrielles sacrifiées, mais comme des lieux devant être protégés au même titre que le reste du littoral.
Vers une rupture technologique : le biomimétisme et la bio-inspiration
Face à ces défis, la recherche académique et l’industrie unissent leurs forces pour développer des solutions à moindre impact. L’entreprise Nautix collabore avec l’Université de Bretagne Sud (UBS) et le Laboratoire de Biodiversité et Biotechnologies Microbiennes (LBBM) de Banyuls pour innover.
L’une des pistes les plus prometteuses est radicalement différente, inspirée par la nature elle-même. En étudiant comment certaines algues parviennent à rester propres dans un milieu saturé de micro-organismes, les chercheurs tentent d’incorporer des molécules capables de mimer ces surfaces naturelles « anti-adhésives ». L’objectif est de s’inspirer des mécanismes naturels de défense des organismes marins présents dans le biofouling. Plutôt que de tuer les cellules avec des biocides classiques, les chercheurs isolent des molécules bioactives issues de bactéries ou de champignons marins capables d’inhiber les mécanismes clés de croissance sans toxicité létale. Un brevet a d’ailleurs été déposé en décembre 2025 pour une peinture antifouling écoresponsable issue de ces travaux.


Cette approche transdisciplinaire, mêlant polymères complexes et biologie marine, permet de lever les verrous technologiques actuels. Il ne s’agit plus seulement de peindre une coque, mais de maîtriser les mécanismes de libération de molécules et les sollicitations physiques (cisaillement, courants) auxquelles le navire est exposé.
Les alternatives actuelles pour lutter contre le biofouling et leurs limites
En attendant la généralisation de ces innovations, des alternatives existent :
- Revêtements silicone (Fouling Release Coatings) : Ils empêchent l’adhérence par leur aspect lisse, mais leur impact sur le stress cellulaire des micro-organismes commence à peine à être étudié par protéomique.
- Nettoyage mécanique et bâches : Solutions efficaces mais contraignantes, elles ne conviennent pas encore à tous les usages.
- Ultrasons : Une technologie en développement dont les risques collatéraux sur la faune marine restent à caractériser.

Cependant, pour Raphaël LAMI et Maxime DELBURY, la véritable transition ne se fera pas par un « discours culpabilisant », mais par une approche pragmatique bénéfice/risque adaptée à chaque usage.


Conclusion : Changer de paradigme
Pour Raphaël LAMI, l’antifouling du futur pourrait bien passer par un paradoxe : ne plus lutter frontalement contre le biofouling, mais piloter sa croissance pour favoriser l’intégration environnementale. La transition ne se fera pas par un « discours culpabilisant », mais par une approche pragmatique bénéfice/risque, adaptée à chaque usage.
L’avenir de nos océans repose sur cette interdisciplinarité entre chimie, microbiologie et industrie, pour que la liberté de naviguer ne soit plus synonyme de pollution.
Un grand merci aux nombreuses entreprises présentes qui ont pris part aux questions/réponses en fin de séance.
En savoir plus :
- Consultez les travaux du Laboratoire de Biodiversité et Biotechnologies Microbiennes (LBBM).
- Découvrez les solutions écoresponsables sur le site de Nautix.
- Liste à jour des substance autorisées (PT 21)